Maryse Picard: caviste, brasseuse, juge internationale…

Fin juillet, je suis allé à la rencontre de Maryse, que j’ai rencontré lors des soirées dégustations à l’Empire du Malt. Je voulais l’interviewer pour qu’elle me raconte les différentes facettes de son métier et son parcours dans le milieu brassicole.

 


 

Peux-tu te présenter ?

Je suis Maryse Picard, j’ai 40 ans. Je suis Canadienne, je suis venue en France en 2006 pour suivre mon mari, Canadien aussi, qui travaillait comme entraîneur de base-ball aux Cézeaux. Nous avons emménagé dans un appartement juste au-dessus de la cave à bière de la rue Georges Clemenceau en centre-ville de Clermont-Ferrand. Dominique Thomas, le propriétaire était en train de faire ses travaux… on s’est vite lié d’amitié et de fil en aiguille, je lui ai proposé mon aide pour de la mise en rayon et au fur et à mesure il m’a laissé les rênes de la boutique.

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Je me suis intéressée de plus en plus aux produits car au Canada je ne buvais pas forcément de bières. Je me suis formée avec Élisabeth Pierre en 2012-2013, pour connaître les styles, les façons de fabriquer de la bière. Elle a proposé à Dominique, en 2014, de participer au Brussels Beer Challenge, mais il ne pouvait pas et m’a proposé de le remplacer, sacré défi ! Elisabeth m’a un peu briffé sur la façon de juger… Ma première catégorie c’était les Pils, un style compliqué, car les bières se ressemblent beaucoup et c’était un style que je n’appréciais pas du tout à l’époque.

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Les concours m’ont permis d’ouvrir les yeux sur pleins de nouveaux styles de bières et surtout d’apprendre à être objective, de juger le produit pour ce qu’il est. J’y ai surtout rencontré des personnes formidables dont Philippe Wouters (Bières et plaisirs) et Laurent Mousson qui m’ont beaucoup aidé à me sentir à l’aise et me faire confiance.

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J’ai fait d’autres concours en tant que jury, le CGA à Paris, à Lyon, le concours international vin et spiritueux (il y a une catégorie bière) et de fil en aiguille on m’a demandé d’aller juger au Brésil en mars 2019 pour un concours national, Concurso Brasileiro de cerveja à Blumenau. J’ai représenté la France. C’était une expérience différente, là-bas on juge le matin et l’après-midi… près de 50 bières par personnes, mais on goûte plusieurs styles différents donc on a moins le palais saturé.

Je suis également à l’initiative du groupe Facebook « Parlons bières », dans lequel j’invite les gens à discuter sur le sujet, partager leurs dégustations ou leur coup de cœur du moment, donner des infos…

 

Parle nous un peu des soirées dégustations…

J’ai eu beaucoup de demandes, les gens étaient vraiment intéressés pour participer à des soirées dégustations. A Aubière nous ne pouvions pas le faire par manque de place et de staff. Nous avons commencé avec les dégustations bières et fromages en compagnie d’ Élisabeth Pierre au Délirium Café et vu le succès de ces soirées, je me suis lancé. Depuis un an et demi, je propose un nouveau thème chaque mois et nous dégustons 6 bières pour 15 euros avec souvent un petit en-cas fait maison et c’est complet à chaque session. Je fais des recherches pour expliquer aux gens comment est faite la bière, les styles, les ingrédients, etc. J’adore les réactions directes avec les clients, quand on vend une bière, on ne sait pas sur l’instant présent ce qu’ils en pensent, alors que lors des soirées, on échange tout de suite sur le produit.

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Prochaine étape, former le staff pour pouvoir organiser des sessions dans notre nouvelle boutique du centre-ville aussi.

 

Comment as-tu vu évoluer le monde brassicole depuis quelques années ?

Les bières locales sont très en vogue depuis 5-6 ans et on a le choix en Auvergne. Avant, les gens buvaient énormément de bières allemandes et belges. Aujourd’hui, les clients sont curieux de découvrir de nouvelles saveurs. Beaucoup de petites brasseries qualitatives se sont monté ces dernières années, plusieurs ont une gamme classique (blanche, blonde, brune), mais aussi une gamme de bières plus moderne. Le langage change, maintenant on entend beaucoup plus parler d’IPA, Pale Ale, sour ou de barrel aged !

 

 

Tu brasses aussi ?

Oui, avec le Club Bierissima nous avons réalisé notre deuxième brassin 100% féminin en juillet dernier, une nouvelle recette qui sortira à l’automne. Ce sera un style plutôt inédit, avec des ingrédients (malt, houblon) moins connus. De nouvelles femmes professionnelles se sont greffées au Cercle Bierissima et c’est cool, on échange beaucoup sur les différentes problématiques de nos métiers respectifs. Les femmes dans le milieu de la bière ne sont pas souvent prises au sérieux. Dans un salon, s’il y a un couple de brasseurs, les clients iront plus facilement parler à l’homme. On essaie de mettre en lumière le travail des femmes dans le monde de la bière.

 

p1030012.jpgPour mes 40 ans je voulais réaliser ma propre bière pour marquer le coup. Je suis amie depuis plusieurs années avec Dominique Gosselin de la brasserie les Brasseurs du Temps (qui est de la même ville que moi au Québec, Gatineau) et je lui ai demandé de me trouver une recette de sour à la rhubarbe et aux canneberges (cranberries). Nous avons réalisé l’étiquette ensemble et l’avons appelé La Maryse. J’ai donc participé au brassage en septembre dernier, nous avons réalisé 1 600 litres et nous l’avons sortie peu de temps après le Festibière.

 

 

Quel conseil donnes-tu à un client novice ?

J’essaie de voir ce qu’il connaît pour explorer d’autres choses. Il faut trouver le mot ou la description qui va lui donner envie de sortir de sa zone de confort. Ensuite j’essaie de trouver des bières qui font la transition avec ce qu’il a l’habitude de boire, puis petit à petit je l’oriente vers l’amertume, l’acidité, le coté fruité mais non sucré… j’aime mettre en avant les brasseries françaises et encourager le local au maximum. Le circuit court est un gage de fraîcheur et de qualité.

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L’Empire du malt

Les clients prennent souvent une valeur sure et ensuite quelques découvertes.

J’aime bien quand les gens achètent pour les autres et qui me disent qu’ils n’aiment pas la bière ! Là c’est le challenge pour leur faire essayer des bières !

 

La bière en un mot ?

Éducation: le fait d’éduquer les gens à savoir lire une étiquette afin qu’il consomme au mieux, qu’ils fassent des choix éclairés.

 

Une bière coup de cœur dernièrement ?

La Maryse, car ce sont vraiment des ingrédients que j’aime, la rhubarbe me rappelle mon enfance, on la mangeait cru trempé dans du sucre ! Ensuite j’adore ce que fait la brasserie L’Effet Papillon, notamment leur série Brett et barrel aged.

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vbpils.pngEn ce moment j’apprécie beaucoup L’Electric India de Brewdog, une saison houblonnée très rafraîchissante, aussi la Pils and Love au Combawa de la brasserie Corrézienne sans oublier l’Embacle, une IPL (india pale lager) de la brasserie Corsaire de Lévis au Québec.

 

Étonnamment, les IPA me font moins envie aujourd’hui alors que la mode est enfin arrivée en France !

 

Plutôt petite mousse entre amis ou en solo ?

En solo, le soir une fois le boulot terminé, après avoir vu du monde toute la journée, j’aime ce moment tranquille avec une bonne bière et mon sac de chips. Mais oui souvent entre amis aussi car c’est convivial et j’aime partager et découvrir ce qu’emmènent les amis !

 

Merci Maryse pour cet entretien.

 


Photos: Facebook de Maryse.

Par Matt

 

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