Rencontre d’Edouard, houblonnier des Hauts-de-France

L’explosion du nombre de micro-brasseries a réveillé la filière du houblon française. Nous avons rencontré un houblonnier (Edouard, également fondateur des Houblons de France) pour en savoir plus sur la culture de cette plante si précieuse à la bière:

Peux-tu te présenter, ton parcours et comment es-tu devenu houblonnier ?

Je m’appelle Edouard Roussez et j’ai 28 ans. J’ai commencé par l’école de cuisine Ferrandi à Paris où je faisais de événementiel (avec de grosses soirées pour un énorme traiteur entre autre) mais l’ambiance ne m’a pas plu. Je suis parti un moment en Amérique du Sud et je suis revenu à Paris pour travailler dans la communication. Cela me manquait un peu d’organiser des événements, alors, avec des anciens potes de l’école, on a un monté une association (« Les Dîners Bons ») pour organiser des soirées (200 au total) dans des lieux originaux (jardins, appartements, squats, dans la rue…) avec un brasseur et un chef à chaque fois, afin de montrer que la bière n’était pas qu’une boisson de comptoir mais avait sa place à table également.

Edouard

En parlant avec un brasseur un soir, il m’a demandé pourquoi je n’essayais pas de faire pousser du houblon pour lui vu que mes parents sont agriculteurs dans le nord et parce qu’il avait beaucoup de problèmes de pénurie. J’ai fait mes premiers essais en 2015 dans l’exploitation de mon père. Ma sœur a une autre partie de l’exploitation et fait de la farine de blé. Je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas de formation, qu’il était difficile de trouver des informations, d’avoir de bons conseils… du coup j’ai monté l’association « Houblon de France » pour partager nos données et avancer plus rapidement. Aujourd’hui nous sommes 350 adhérents pour une quarantaine d’hectares environ.

A force d’avancer, j’ai commencé mon houblonnière actuelle en 2017 (1,3 Ha) avec 22 variétés de houblon. La 1ère année c’était très sauvage, je n’ai rien fait pratiquement… La 2ème j’étais un peu plus équipé, il y a eu un peu de rendement. Cette année, c’était très intéressant. Quatre variétés ont de très bons rendements et de bons profils aromatiques pour les brasseurs.

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Un jeune plant de houblon.

Tu fournis beaucoup de brasseries ?

Je travaille avec une dizaine de brasseurs locaux comme Thiriez, Bellenaert, Cappelaere… et quelques amis de Paris aussi. J’aime bien également les brasseurs amateurs, qui peuvent et osent faire de nouvelles recettes très intéressantes.

Quels sont les principales étapes de la culture du houblon ?

Tout débute en mars/avril pour la plantation. Après on met aux fils les plants (avec un fil tuteur, on sélectionne 2/3 lianes qui vont s’enrouler et monter autour jusqu’à 6/7m), on arrose, protège le sol (avec de la paille par exemple), on veille à la bonne santé du plant (présence de coccinelles pour lutter contre les pucerons et araignées rouges), tout ça jusqu’en septembre pour la récolte. Il ne faut pas la faire ni trop tôt, ni trop tard. Il y a un délai de 10/15 jours pour ne pas se louper. La première année, je conseille de récolter les cônes de houblons à la main et de laisser la liane le plus longtemps possible, pour que la deuxième année le plant soit plus résistant et efficace (car le même plant repousse chaque année).

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L’houblonnière avant la pousse.
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La récolte du houblon.

Le nombre de brasserie augmente énormément depuis quelques années mais les exploitations de houblon à grande échelle restent plutôt rares, comment ça se fait ?

Il y a beaucoup de gens qui s’intéressent à la culture du houblon, en amateur ou en pro (les 350 adhérents à « houblon de France » en témoignent par exemple) et pas mal de projets expérimentaux  voient le jour. Ils sont une étape avant de devenir professionnel. Il y a les houblonniers historiques avec déjà toutes les parcelles et le matériel nécessaire, mais très peu de « néo-houblonniers » en effet, moins d’une dizaine en France. En partant de zéro, il y a de gros investissements. On parle de 70 à 80 000 € pour tout le matériel pour une culture de 1 à 5 Ha, et de 20 à 25 000 € en plus par hectare de structure (poteaux/câbles/plants). Le problème c’est que les brasseurs veulent des variétés différentes et qui n’ont pas forcément déjà poussé en France. Du coup la culture n’est pas certaine, il est difficile de calculer des seuils de rentabilité. Il faut absolument faire une petite culture expérimentale avant de se lancer vraiment car il y a beaucoup d’inconnus techniques et les investissements sont très importants (même si aujourd’hui il faudrait environ 500 Ha en plus pour subvenir aux besoins des brasseries).

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Des cônes de houblon.

En tant qu’houblonnier, vois-tu également une évolution dans le monde de la bière ?

Avant, chacun travaillait un peu dans son coin. Désormais, de plus en plus de brasseurs s’intéressent à savoir comment pousse le houblon, et les houblonniers s’intéressent à savoir comment les brasseurs font leurs bières.

Les consommateurs ont fait le premier pas en disant « on veut de la bonne bière artisanale ». Les brasseurs ont suivi et se sont lancés. Maintenant, j’aimerais qu’on travaille tous ensemble pour que la bière soit une vraie filière avec un grand « F ». C’est assez le cas pour le vin, le comté… mais c’est plutôt rare en France. Par exemple, mon père vendait du lait avant mais il ne pouvait même savoir à quoi il servait ensuite. J’aimerais donc que le produit soit pensé du début à la fin, et en local si possible, sans houblons américains par exemple.

As-tu eu un coup de cœur sur une bière récemment ?

La Fresh Bear de Cappelaere, car c’est une bière brassée avec du houblon frais (c’est-à-dire sans l’étape de séchage à 60°C etc…), et qui reste bien équilibrée et maîtrisée, ce qui est plutôt rare dans les « bières de récolte ».

fresh_bear

Es-tu plutôt « petite mousse entre amis » ou en solo ?

Je ne bois pas trop de bières en solo, ou quand je veux une bière, je trouve un prétexte pour avoir des amis (rires). En vrai, petite mousse entre amis évidemment !

Un mot à ajouter ?

Du houblon pour les braves !

Merci encore à Edouard pour la visite! Pour en savoir plus :

  • Le site des « Houblons de France »: www.houblonsdefrance.fr
  • Hopstock.fr : site d’achat groupé de matériel pour la culture du houblon (que gère Edouard aussi) avec plein d’informations complémentaires.

  • Et maintenant, un petit aperçu du matériel nécessaire :
trieuse
La trieuse qui permet d’extraire les cônes de houblon des lianes pour pouvoir les passer dans un séchoir.
sechoir_haut
Le haut du séchoir.
sechoir_bas
Le bas du séchoir.
sac
La machine qui permet de mettre le houblon en sacs.
Chambres_froides
Exemple de chambre froide pour stocker les sacs de houblon.

Par Loren (et Justine).

 

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